Louis Guillemette
 
       
 
  • 70 ans consacrés à la musique
  • De l'Isle-Verte au Conservatoire
  • Études avec Marcel Dupré et ses débuts comme producteur
  • Concerts, enseignement et orgue
  • Le facteur d'orgue
  • Une belle carrière
 
   

M. Louis-Auguste Guillemette, titulaire d'un certificat d'accompagnement grégorien de l'Institut Pie X, de New York. La Presse, 1931. Source: LAG.

 

70 ans consacrés à la musique

Depuis près de 70 ans, Louis Guillemette se consacre à la musique dans la région de Terrebonne et au Québec. En tant qu'organiste, il a oeuvré dans différentes paroisses de Montréal pendant près de 40 ans et donné quelque 1 200 concerts un peu partout dans la province. Formé comme facteur d'orgue, il a réparé et harmonisé des instruments dans tous les coins du Québec.

 
 

 

Il a aussi enseigné jusqu'à l'âge de 80 ans, en plus de produire des concerts chez lui, dans sa maison de Laplaine (annexée aujourd'hui à Terrebonne) et dans le cadre de la Société des arts T.M.L. (Terrebonne, Mascouche, Laplaine et Lachenaie) qu'il a lui-même fondée. En fait, il a passé toute sa vie en compagnie de la musique.

   
 

De l'Isle-Verte au Conservatoire

Louis Guillemette naît à l'Isle-Verte en 1908 dans une famille dont tous les membres font de la musique pour le plaisir. En 1925, il se rend à Montréal et s'inscrit bientôt au Conservatoire de musique affilié à l'Université de Montréal. Il sortira premier du Conservatoire en 1934, après avoir passé ses examens sous la conduite du célèbre organiste français, Marcel Dupré, alors directeur honoraire au Conservatoire de Montréal.

Il assistera à la même époque à un concert de Dupré qui sera déterminant pour son avenir. J'assistais au concert de Marcel Dupré en tant qu'étudiant au Conservatoire. Impressionné par le jeu du musicien, je suis monté au jubé afin de voir s'il y avait bien un instrumentiste assis à l'orgue. Car j'avais nettement l'impression que l'orgue jouait tout seul... Et là, j'ai découvert un maître! À partir de ce jour là, je suis entré de plain-pied dans la classe d'orgue, décidé à devenir concertiste.

 

Vieille maison familiale de l'Isle-Verte, au début du XXe siècle. Source: LAG.

 
 

À Montréal, 1946, l'organiste Marcel Dupré (centre gauche), professeur de Louis-A. Guillemette à Paris. Source: LAG.

 
  Inspiré par l'idée qu'un bon pianiste fait un bon organiste, il poursuit ses études de piano sachant que la technique acquise à cet instrument lui sera profitable comme organiste.  
   
 

 

Souvenir de la traversée de l'Atlantique en bateau (1934). Source: LAG.

 

Études avec Marcel Dupré et débuts comme producteur

Il se rend une première fois en Europe en 1934 grâce à l'aide d'une de ses tantes et poursuit des études pendant trois ans avec Dupré.

Son séjour sera entrecoupé de retours à Montréal au cours desquels il commence à se produire en concert dans la maison familiale, en compagnie de confrères et consœurs du Conservatoire.

 
 

 

En 1938, il a l'occasion de remplacer le maître aux grands orgues de Saint-Sulpice à Paris. Suite aux rumeurs de guerre, il rentre à Montréal en 1940.

Appelé sous les drapeaux à la déclaration de la guerre, mais n'étant pas considéré apte, il passera 4 ans au quartier général de la marine.

Malgré le peu de temps libre qui lui reste, il donne quelques concerts et tient l'orgue dans différentes paroisses quand l'occasion se présente.

 

Concert d'orgue à l'église St-Aloysius, en 1947, avec la soprano Madeleine Parent et le baryton Jos. Reddy. Source: LAG.

 

C'est à l'occasion du 50e anniversaire de la paroisse qu'il fait la connaissance de Paul Loyennet, pianiste réputé d'origine française. Paul Loyonnet a émigré au Québec depuis peu. Il a mené une carrière en France et s'est produit, durant de longues années, sur la scène internationale, aussi bien en Europe qu'en Amérique. Il vient assister au concert de Louis Guillemette et, impressionné par son jeu, il tient à le féliciter.

De cette rencontre naîtront une longue amitié ainsi qu'une solide complicité musicale. Les deux hommes vont donner de nombreux concerts ensemble. Ils interprèteront, entre autres, plusieurs pièces de Marcel Dupré que le compositeur a lui-même transcrit pour l'orgue et le piano.

Louis-A. Guillemette, titulaire de l'orgue de l'église Saint-Vincent-de-Paul jusqu'à 71 ans, en concert avec le pianiste Paul Loyonnet. Source: LAG.

 
 

Concerts, enseignement et orgue

À la fin de la guerre, il se trouve un poste stable d'organiste à la paroisse Saint-Enfant-Jésus à Montréal. Il occupera la même fonction, quelques années plus tard, à l'église Saint-Aloysus (paroisse irlandaise). Il obtiendra cette nouvelle place grâce à la rapidité avec laquelle il intègre un répertoire de musique irlandaise.

Quand on m'a proposé ce poste, je ne connaissais aucun air irlandais. J'avais une semaine pour me préparer pour la fête de la Saint-Patrick. Quelqu'un m'a bien remis des partitions, mais elles étaient pour le piano. En quelques jours, j'ai fait la transcription et je me suis présenté à l'église. Je crois que mon jeu de cornemuse - n'oublions pas que l'orgue peut imiter de nombreux instruments - a dû faire son effet, puisqu'à la fin de la cérémonie le premier vicaire m'a dit : "Pour avoir joué les Irlandais comme vous venez de le faire, vous devez être plus Irlandais que beaucoup d'entre nous".

 

 

 

 

   

Dans sa maison de La Plaine, Louis-A. Guillemette et son partenaire Paul Loyonnet. Source: LAG.

   
 

 

Après 15 ans, il quitte Saint-Aloysius pour la paroisse Saint-Vincent-de-Paul (Laval). Il y restera jusqu'à sa retraite à l'âge de 72 ans. Il abandonne alors ses fonctions d'organiste de paroisse, mais non la vie musicale.

   
 

 

Louis Guillemette poursuit l'organisation de concerts privés chez lui ainsi que les cours d'orgue qu'il donne depuis 1940. Il a d'ailleurs ouvert à Laplaine, en 1988, l'École Paul Loyonnet. Hélène Lemoyne, une élève du pianiste, vient de Montréal, une fois par semaine donner des cours de piano selon la technique du réputé pédagogue.

À 80 ans, il cesse de donner des cours, mais continue, encore aujourd'hui, à présenter des soirées musicales chez lui.

 

Louis Guillemette et la Société des arts T.M.L.

  • Des concerts privés
  • Un objectif: aider les artistes
  • La Société des arts T.M.L.
 

 

En 1988, Louis-A Guillemette ouvre une école de piano selon la méthode de Paul Loyonnet. Source: LAG.

 

Restauration de l'orgue de Sainte-famille, par Louis-A. Guillemette, facteur d'orgue, en 1974. Source: LAG.

 
 

Le facteur d'orgue

Au moment de ses études en orgue au Conservatoire, Louis Guillemette émet le souhait d'en apprendre davantage sur le mécanisme de l'instrument. Il étonne ses professeurs qui se demandent à quoi cela pourra bien lui servir.

Il désire être en mesure de pouvoir lui-même harmoniser, voire réparer, l'orgue avant de jouer lorsqu'il se présentera pour un concert. On répondà son désir et on lui enseigne les premiers rudiments.

   
       

L'orgue de l'église Notre-Dame, à Montréal, des célèbres Frères Casavant, de Saint-Hyacinthe. Source: LAG.

L'orgue de Sainte-Famille, restauré par Louis-A. Guillemette en 1974, a donné lieu à un article dans La Seigneurie. Source: LAG.

 

Il poursuit sa démarche en France quelques années plus tard. Il fait alors la rencontre d'un des fils de la célèbre famille Walcker, une firme allemande spécialisée dans la facture d'orgue.

Il retrouve ce dernier, quelque temps plus tard chez Casavant à Saint-Hyacinthe, afin d'achever sa formation.

Et il lui arrive bientôt une chose qu'il n'avait jamais prévue, ni même désirée. Afin de répondre à une demande qui se fait toujours plus grande, il se met à parcourir la province afin de réparer et d'harmoniser des orgues.

Il réalise que peu d'entre eux sont bien entretenus et qu'ils sont nombreux à être laissés à l'abandon. Comme les techniciens sont rares, le travail ne manque pas.

Il aime rendre à l'orgue sa sonorité, bien faire parler les tuyaux et s'arranger pour que chaque famille ait son caractère, comme il le dit lui-même.

 
 

 

La diversité des sons dans un orgue, c'est ce qui fait sa puissance, explique-t-il en connaisseur. Il a trois passions: l'orgue, le travail bien fait et la musique interprétée avec goût. Il aime bien être maître de la situation. Quand je donnais des concerts, j'avais l'impression de dompter une masse sonore. C'est moi qui la commandais.

Ça parle un orgue. Je savais ce que j'avais sous les doigts. Et il repense aux grands orgues de Chicoutimi ou à celles de Mathurin (Massachusetts). Je traite l'orgue comme un orgue, c'est-à-dire en orchestre.

 

 
 

Le facteur d'orgue à l'œuvre. Source: LAG.

 

Il raconte comment, à la demande de son ami Paul Loyonnet, il a transcrit pour l'orgue, la partie d'orchestre du 1er Concerto de Chopin qu'il a interprété devant le pianiste par la suite.

À la fin du concert, Paul Loyonnet est venu me trouver et m'a confié: «On a dit que l'orgue était un orchestre, ce soir c'est exactement ce que nous avons entendu.»

 
   
 

Une belle carrière

Je suis très satisfait de la carrière artistique que j'ai menée. J'ai travaillé et j'ai laissé faire les choses…

 

 

 

Quintette de Louis-Auguste Guillemette avec M. Victor Dubois, M. Comtois, M. Benoît et M. Borduas. Source: LAG.

Deuxième saison de la société des Arts T.M.L., en 1987-1988. en témoigne La Revue du 14 juillet 1987. Source: LAG.

 

 

Il est allé là où bien peu de gens se sont rendus. Il est l'un des rares, sinon le seul, à avoir fait la promotion de la musique classique dans sa région (T.M.L.). Il y a consacré plus de 60 ans de sa vie. Il est heureux d'avoir atteint son objectif: aider les musiciens. Et leurs réponses constantes l'ont encouragé à poursuivre.

Il déplore, cependant, le peu d'enthousiasme témoigné par les artistes de la région immédiate. Rarement a-t-il pu présenter des musiciens des alentours et, pourtant, il a bien essayé. Une autre chose qui le chagrine et qui lui laisse une sorte de sentiment d'échec, c'est de ne pas être parvenu à former un véritable public malgré la qualité des artistes qu'il recevait.

Je n'ai présenté que des professionnels. Jamais d'étudiants qui risquaient de ne pas faire carrière. C'était ceux qui cherchaient à vivre de la musique que je voulais encourager, explique-t-il aujourd'hui, le regret dans la voix.

 

 

Malgré cette demi-défaite qui, en réalité, n'en est pas vraiment une puisque durant ces 60 ans les spectateurs ont été nombreux, Louis Guillemette n'est pas amer. Alerte de corps et d'esprit, en dépit de ses 94 ans, il se promet encore de belles rencontres avec la musique et quantité d'autres concerts. Louis Guillemette a été, est et sera.