Les années 1960

 

 
 
  • Les débuts du rock’n roll
  • Un apprentissage autodidacte
  • Saint-Gabriel-de-Brandon : la Perle des Laurentides
  • Une ébullition musicale
  • Joliette au centre de Lanaudière
  • Du music-hall dans le sud
  • Le nord de la région
  • L’époque des boîtes à chansons
  • Des chansonniers dans la région
  • Les noces et les fêtes
 
   

Elvis Presley. Montage d'après une photo du Musée de l'Illinois

 

Les débuts du rock’n roll

La sortie fulgurante d’Elvis Presley en 1958 et l’arrivée des Beatles au Québec en 1964 sont deux faits marquants qui vont entraîner le déferlement de la vague rock’n roll. Leur popularité fait vendre des disques comme jamais cela ne s’est vu auparavant. Les groupes et les artistes s’adonnant au rock se multiplient. Cette musique donne aux jeunes une forme d’expression qui leur parle et les interpelle. Un nouveau discours est né.

Ce phénomène musical américain devient rapidement mondial. Le rock séduit les jeunes de tous les pays. Certains adoptent le style vestimentaire de leurs idoles, alors que d’autres copient leur musique. Lanaudière ne fait pas exception : les musiciens de la région écoutent les chansons du palmarès des stations radiophoniques - le Top 40 - et les interprètent.

 

 

 

Le guitariste Robert Roy avec son groupe, dans les années 1970, dans la piaule multicolore de la rue Saint-Antoine. Apparaissent sur la photo: Micheline Lépine, Robert Roy, André Roberge, Serge Grenier et inconnu. Source: Robert Roy.

   

Le groupe Vade Jetro. Source: Daniel Poirier.

 
 

Un apprentissage autodidacte

Il n’y a pas d’école pour apprendre la musique populaire dans les années 1960. Il n’y a pas non plus de professeurs qui enseignent cette musique. Les musiciens des années 1960 apprennent par eux-mêmes. Ils développent leur oreille et une manière différente d’assimiler la musique.

Mais où jouent ces musiciens? Dans les bars, dans les fêtes de villages, dans les sous-sols d’églises, ils sont en demande partout, même dans les noces, les fêtes et les soirées pour jeunes.

   

 

Certains accompagnent même, à l’occasion, des artistes populaires de passage dans la région. Un public, intéressé par ce nouveau genre musical, veut entendre les succès joués à la radio et à la télévision.

 
   
 

 

La plage de Saint-Gabriel, sur les abords du lac Maskinongé, est toujours fort populaire. Source: CL.

 

Saint-Gabriel-de-Brandon : la Perle des Laurentides

La plage de Saint-Gabriel-de-Brandon a été l’un des pôles touristiques de la région dans les années 1960. Située dans un décor enchanteur, on la surnomme alors la Perle des Laurentides.

Elle attire une foule nombreuse d’un peu partout au Québec. D'après Gérald Tellier, alors garçon de table et portier au Manoir du Lac, elle est tellement populaire qu’il est impossible d’y trouver une place à l’heure où le soleil est au zénith!

 
 

 

Le jour, on se baigne dans le lac Maskinongé, le soir, on va assister aux spectacles des artistes québécois dans les hôtels de la ville.

La période la plus florissante est celle des années 1960, plus précisément entre 1965 et 1970. Beaucoup de touristes et de résidents de Saint-Gabriel-de-Brandon ont le souvenir d’un endroit grouillant d’activités où la colonie artistique aime se retrouver.

 

 

Durant la saison estivale on peut entendre du rock, du blues, du swing et du jazz. Chacun des hôtels du coin, qu’il s’agisse du Manoir du Lac, du Pavillon Blanc, du Domaine Brandon, du Château des Laurentides ou du Belvue, possède sa salle de spectacle où les big-bands sont à l’honneur. On peut également y danser sur des rythmes yéyé, twist, ska, ya ya, monkey.

 

Le chanteur Donald Lautrec.

 
 

Joel Denis.

 

À cette époque,certaines chansons ont donné naissances à de nouvelles danses qui deviennent soudainement très populaires. Avec Manon, viens danser le ska, Donald Lautrec créait le ska, alors que Joël Denis répandait la mode du yaya en chantant tout simplement YaYa.

 
 

 

Le Château Belvue possède certes la salle la plus fréquentée. Elle offre des présentations spéciales 6 soirs par semaine. Ce club fait partie d’un réseau provincial de salles qui reçoivent les vedettes de la télé.

 
   
 

Des artistes de renommée

Durant la fin de semaine, les salles font place à des artistes très en vogue à l’époque tels Pierre Lalonde, Ginette Reno, Dick Rivers, Oliver Jones, Michèle Richard.

 

 
  Comme le rapporte le guitariste Dany Coutu, plusieurs musiciens de la région, dont le défunt trompettiste Michel Gagnon, les frères Fernand et Jean-Guy Poirier, respectivement trompettiste et pianiste ainsi que le contrebassiste Claude Gravelle, sont engagés par ces hôtels pour accompagner les étoiles montantes et les célébrités du Québec. Des groupes populaires sont également de la partie : les Gendarmes, les Classels, les Bélairs, etc.

Sur l’autre rive du lac Maskinongé, à Saint-Damien, le bar Au Fil de l’Eau reçoit également les artistes à la mode. La salle est plus modeste que celles de Saint-Gabriel-de-Brandon, mais les artistes aiment l’ambiance. Ces vedettes sont souvent accompagnées par des musiciens lanaudois. Bien que le bar soit une salle de moins grande envergure, elle fait tout de même partie du circuit.

 

 

Le légendaire groupe Les Classels.

 

 
   

Oliver Jones et Charlie Biddles, reviendront au Centre culturel de Joliette dans les années 1980. Source: ACCJ.

 

Pierre Labelle, ex-chanteur des Baronnets et animateur de télévision, au Centre culturel de Joliette dans les années 1980. Source: ACCJ.

 

 

Plus les années avancent et plus le nord de la région se développe. Peu à peu, Saint-Gabriel-de-Brandon est délaissé pour d’autres lieux, d’autres paysages. C’était la belle époque, celle où les jeunes mariés choisissaient cette ville pour leur voyage de noces, se rappelle Gérard Tellier.

 

 
   

Denis Fréchette, Dany Coutu et Claude Joly ont débuté leur carrière dans les bars de la région, ici au Kambo. Source: Claude Joly.

 

Une ébullition musicale

Il y a dans les bars et les hôtels de la région une offre et une demande musicale remarquable : on écoute beaucoup de musique et les shows ne sont pas rares à l’époque, se rappelle Dany Coutu. Les musiciens du coin interprètent avec beaucoup de talent les succès rock, rythm’n blues et pop.

 
 
 

Joliette au centre de Lanaudière

Joliette se retrouve au centre de la région, tant au plan géographique que culturel. C’est dans cette ville que les musiciens ont le plus de perspectives d’emplois en musique et d’occasions de se produire sous leur propre nom.

C’est à l’Hôtel Joliette qu’on peut entendre du rythm’n blues et du funk. Des formations, d’une dizaine de musiciens de Montréal et de la région, y sont engagées toutes les fins de semaine. L’Hôtel Victoria sur la rue Notre-Dame embauche beaucoup de musiciens de la région et on peut y entendre du rock et du pop.

 

 

Le batteur Claude Joly et le guitariste Louis-René Préville. Source: Daniel Poirier.

 

 

À la fois piano-bar et club, le Kambo se spécialise dans les soirées de danse sociale et les réceptions. De son côté, le Château Windsor présente, depuis le début des années 1950, des spectacles à grand déploiement avec des artistes du Québec qu’accompagnent les musiciens de la région.

À l’époque, le Trotteur n’a pas encore fait du country sa marque de commerce. On peut y entendre un orchestre maison accompagner des artistes pop tel le guitariste Aldo Nova. C’est aussi dans ces lieux que les musiciens d’ici accompagnent les vedettes d’ailleurs.

Enfin, le Fleur de lys - une salle de danse transformée en hôtel - propose 4 soirées de spectacles par semaine dans les années 1960 et 1970. Des musiciens de la région, tels le batteur Michel Houle accompagné du guitariste Julien Chevalier et du bassiste Roger Venne, y jouent souvent au sein de petites formations.

Bien qu’il soit encore trop jeune pour entrer dans les bars, Dany Coutu joue déjà avec eux. L’orchestre le cachait dans la cuisine de l’hôtel jusqu’à ce que vienne l’heure du show! rapporte le batteur Claude Joly.

À Berthierville, le Berthelet est certainement le bar le plus en vue. Tout comme le Château Belvue à Saint-Gabriel-de-Brandon, il reçoit les vedettes de la télé accompagnées par un orchestre maison.

C’est d’ailleurs là que Claude Joly, qui a été de plusieurs formations populaires dans les années 1970, a fait ses débuts. Faire partie d’un orchestre maison signifiait avoir un emploi à temps plein, rapporte ce dernier. On y rencontrait les vedettes du Québec avec qui l’on travaillait durant leur passage.

 
   
 

Claude Blanchard, comédien et animateur, vétéran de la scène québécoise.

 

Du music-hall dans le sud

L’animateur, humoriste, chanteur et comédien Claude Blanchard s’occupe d’un music-hall à Saint-Sulpice, la Cravate Blanche. C’est le seul cabaret digne de ce nom dans la région. Claude Blanchard reçoit à chaque semaine une panoplie d’artistes de variétés d’un peu partout au Québec.

L’homme connaît bien la chanson. Celui qui a campé le rôle de Ben Campeau dans La Famille Plouffe sait divertir une salle comble avec ses numéros humoristiques et ses chansons. Il est également le maître de cérémonie.

La Cravate Blanche engage des musiciens de la région comme le saxophoniste Pierre Laporte, le batteur Michel Bonin, le bassiste Roger Venne de même que le pianiste François Marcaurelle. Ces derniers font partie du groupe-maison qui accompagne les artistes de passage au cabaret.

 
 

François Marcaurelle poursuit sa carrière de musicien et d'enseignant, alors que Michel Bonin et Roger Venne font du jazz en compagnie du guitariste Robert Roy et de la chanteuse Mimi Roy, au sein du groupe Café Crème.

 
   
 

Le nord de la région

Plusieurs bars du nord de la région engagent des musiciens du coin. Certains reçoivent des vedettes, d’autres préfèrent engager des groupes locaux peu connus. C’est le cas du Beaudry à Saint-Côme et du Royal à Sainte-Julienne.

 

La vie musicale à Saint-Côme tourne autour du folklore et du country. Mais le rock devient de plus en plus populaire et se taille bientôt une place au sein de ce milieu plutôt traditionnel. Le Beaudry engage donc beaucoup de musiciens aptes à jouer tant du rock que de la musique populaire. Le bar est encore là, dans les années 1970, quand les Hendrix, Santana et Pagliaro font fureur.

À Sainte-Julienne, le Royal accueille également des artistes reconnus au Québec. On y joue du rock et un peu de musique pop. Le fils du propriétaire, le batteur Christian Beaudoin, fait ses premières armes au bar paternel dès son plus jeune âge.

Selon la rumeur, le chanteur Gino Vanelli, fort connu sur la scène internationale, aurait proposé au musicien lanaudois de l’accompagner en tournée. Ce dernier aurait cependant refusé. Quoi qu’il en soit, c’est aujourd'hui Paul Brochu, ex-membre d’Uzeb et résident de Repentigny, qui accompagne le chanteur en tournée à travers le monde.

 

 

La famille Beaudoin, en 1983. Mention dans le Joliette Journal. Source: ACCJ.

 

 
   

Le batteur Paul Brochu.

 
 

Gilles Vigneault à Joliette en 1965, invité par les Jeunesses musicales. Source: ACCJ.

   

L’époque des boîtes à chansons

Les chansonniers font leur apparition sur la scène musicale au moment où le rock bat son plein. Contrairement au rock et au pop, qui sont d’abord axés sur la musique et le rythme, les chansonniers sont avant tout des poètes.

Ils parlent de leur pays et adhèrent pour la plupart au mouvement nationaliste naissant. Ils traitent de politique… et d’amour. Certains abordent ces sujets sérieusement, d’autres avec humour.

 
 

 

Devenus populaires au Québec dans les années 1960, les boîtes à chansons sont apparues d’abord à Montréal et à Québec. C’était un lieu de rassemblement permettant aux chansonniers de se produire sur scène dans une ambiance intimiste et devant un public attentif. Bientôt, des boîtes à chansons ouvrent leurs portes dans plusieurs régions du Québec. Dans Lanaudière, elles ne sont en opération qu’en été seulement.

   
 

Des chansonniers dans la région

Il existe deux véritables boîtes à chansons dans la région : la Palombière à L’Assomption et le Cabastran à Joliette. Celles-ci font partie du circuit estival des boîtes à chansons en vogue au Québec.

Comme la plupart de ces salles, la Palombière utilise la formule café-bistrot. Elle est établie au centre sportif de la ville de L’Assomption. Durant 2 ans - 1966 et 1967 -, elle reçoit, entre autres, Renée Claude, Gilles Vigneault, Claude Gauthier, Claude Léveillé.

Le Cabastran, à Joliette, est situé dans une grange et décoré des traditionnels filets de pêche. Il reçoit les chansonniers populaires du Québec dont, Jean-Pierre Ferland qui, depuis, s’est établi dans la région.

 

 

Enseigne du Cabastran, boîte à chansons.

 

La grange qui abritait le Cabastran. Source: CL.

 
 
 

 

Le Cabastran portera plus tard le nom de Tournesol et poursuivra ses activités durant quelque temps, soit jusqu’au début des années 1970. Le phénomène des boîtes à chansons au Québec ne durera que quelques années. Il en sera de même dans Lanaudière.

 
   
 

Les noces et les fêtes

Pour gagner sa vie, un musicien doit être polyvalent et prêt à jouer dans différentes occasions, notamment dans les noces. Les orchestres, engagés pour ces circonstances, connaissent non seulement les chansons populaires des années 1950 et 1960, mais sont aussi en mesure de jouer des valses, des airs de jazz, des mélodies de danse et, pourquoi pas, du country.

 

 

La famille Chevrette a animé bon nombre de soirées dansantes. Source: famille Chevrette.

 

Le père et la mère de la famille Chevrette, avec le musicien Denis Fréchette à la trompette. Source: famille Chevrette.

 

 

Deux orchestres de la région se sont particulièrement illustrés dans ce domaine : ceux de la famille Chevrette et de la famille Lanctôt. Ils sont d’abord composés des membres de la famille, mais ils doivent également faire appel au service d’autres musiciens pour combler les postes vacants au sein de leurs formations. Le pianiste Denis Fréchette, le guitariste Dany Coutu et la pianiste et chanteuse Lucille Desrosiers seront engagés par les 2 familles. Ces orchestres deviendront de véritables écoles pour ces musiciens autodidactes.

 
 

 

Il est donc possible, pour les interprètes lanaudois, de se produire dans leur région. Il est tout aussi pensable pour le public d’ici de voir des artistes renommés, d’assister à des soirées de danse menées par des groupes et des musiciens locaux, de danser sur des airs connus et, pour les plus mordus, de profiter du passage de ces musiciens dans la région pour apprendre d’eux.

 
 

 

Les écoles, qui n’offrent alors que la formation classique, permettent tout de même d’apprendre à lire, écrire, jouer et comprendre la musique. Cependant, personne ne s’aventure encore à présenter sur scène du matériel original. Les musiciens manquent encore d’expérience et préfèrent continuer d’apprendre afin de bien maîtriser le langage de la musique populaire.

 

Les années 1970

  • Une période florissante
  • La présence du rock
  • L’échange entre les musiciens
  • L’histoire de Jade
  • Des perspectives d’emplois intéressantes
  • La Bottine Souriante emboîte le pas
  • Des familles de musiciens
  • Quelques notes au Cégep
  • La musique change, les bars aussi
  • Le Centre culturel de Joliette
  • Les choix de carrière