Joliette en musique
 
       
  IV - Joliette en musique (suite)
  • La Symphonie de Joliette
  • Soirées musicales et concerts à Joliette
  • Des concerts qui font naître la fierté
  • Des producteurs de spectacles
  • Des artistes reconnus
  • La Société des concerts
 
   
 

Soirée artistique et musicale par la Symphonie de Joliette le 3 mars 1927. Source: ASHJL.

  La Symphonie de Joliette

La population de Joliette peut s'enorgueillir, en 1909, d'être probablement la seule ville de la province, en dehors de Montréal, Québec et Sherbrooke, à posséder un orchestre symphonique.

C'est effectivement cette année-là que les activités de la Symphonie de Joliette commencent sous la direction d'Émile Prévost, également responsable musical de l'Union Musicale.

C'est dans la salle de la Compagnie Cinématographe, qui présente du cinéma muet, que l'orchestre va donner ses concerts. Il participera d'ailleurs à ces séances de "petites vues" en jouant de courtes pièces durant les entractes.

 

 
 

En avril 1910, lors de son concert d'inauguration, la Symphonie offre un programme varié qui fera place à deux artistes invités: le baryton montréalais Émile Benoît et la soprano Eugénie Chevalier considérée alors comme l'une des meilleures cantatrices de la province.

L'orchestre est formé en partie, du moins au départ, de membres de l'Union Musicale. Il faut savoir qu'à l'époque où Émile Prévost a mis sur pied la Symphonie, l'Union Musicale traversait une période difficile et avait même suspendu temporairement ses activités.

Avec les années, de nouveaux musiciens se joindront à la formation qui comptera, en 1924, près de cinquante instrumentistes. Au nombre de ceux-ci, nous retrouvons des membres de la famille Asselin (Orchestre Asselin) et de la famille Tellier ainsi qu'un violoniste montréalais bien connu, Eugène Chartier (Quatuor Chamberland).

 
 

Robert Tellier, qu'on voit ici comme jeune élève au Séminaire de Joliette, vers 1905, racontera ses souvenirs dans «La vie musicale de mon temps, texte paru dans le journal du Séminaire, L'Estudiant, en 1937. Source: ACSV.

 

 

 

«La vie musicale de mon temps», par Robert Tellier, L'Estudiant, vol. 2 no 2, novembre 1937. Source: ACSV.

 
 

La Symphonie présente des concerts mettant au programme des œuvres de grands compositeurs comme Bizet, Verdi, Massenet, avec un penchant pour l'art lyrique et les opéras comiques et opérettes de Delibes et Suppé.

Elle accompagne à l'occasion des représentations théâtrales. Elle fait appel régulièrement à des artistes de Joliette comme Lucien Dugas et, pour la première fois sur scène, en 1928, Lomer Brunelle, baryton et père de Rolland Brunelle.

 

Les Troubadours de l'Industrie, autour de Lomer Brunelle, père de Rolland Brunelle, vers 1930. Source: ACSV.

 

Soirée d'opéra comique sous le distingué patronage de Monseigneur E. Dugas, mardi le 9 janvier 1923. Au programme : la pièce Bonjour Voisin, et l'orchestre composé de 9 musiciens, dont Eugène Chartier Asselin, Cécile Asselin, Robert et Maurice Tellier. Source: ASHJL.

 
 

 

En 1931, la Symphonie de Joliette met fin à ses activités. Émile Prévost, faute de temps, ne peut continuer de mener de front la carrière et la direction de deux ensembles. Il reprendra le flambeau, en quelques occasions, le temps de monter des représentations de théâtre lyrique.

 
   
  Soirées musicales et concerts à Joliette

Si dans la seconde moitié du XIXe siècle, des artistes de renom présentent des concerts à Joliette, cela n'est toutefois pas courant. Ce n'est qu'avec le tournant du XXe siècle que commence à naître une véritable tradition : les soirées musicales.

La présence de musiciens et de chanteurs professionnels, qui ont étudié dans les grandes villes comme Montréal et Paris ou encore aux États-Unis, et que le public a pu entendre sur les grandes scènes du monde, va certainement avoir une influence sur le développement d'une véritable vie musicale à Joliette.

 

«Soirée de Famille» organisée par Les Artisans Canadiens-Français, le 9 juin 1921. Source: ASHJL.

 

 

Des professeurs de qualité donnent des cours au Séminaire et dans la ville depuis 50 ans. Le collège et la ville ont chacun des ensembles de musique qui sont bien implantés: l'Harmonie (1871) et l'Orchestre (1896) du Séminaire, l'Harmonie de Joliette (1893), la Société philharmonique Sainte-Cécile (1892).

La ville possède même des salles de spectacles: l'Institut (1857) et la Salle du Marché (1894). Il ne manque plus, pour amorcer l'établissement d'un fertile sol de musique, que se multiplient les occasions de voir et d'entendre de la musique en concert donnée par de grands artistes.

 

 

Le vieux Marché de Joliette (1874-1964) dessiné par l'architecte Joseph Michaud, c.s.v., sur ce qui est aujourd'hui la Place Bourget. Source: ASHJL.

 

Salle du marché, Joliette, Séances du 25 et 26 avril 1923, avec M. Lucien Dugas, baryton, A. Martin, directrice, et Jeanne Teasdale. Source: ASHJL.

   
 

Des concerts qui font naître la fierté

La possibilité d'être mis en contact avec des musiciens professionnels va vraisemblablement contribuer à créer une émulation chez les jeunes. Elle leur donnera le goût d'entreprendre des études musicales pouvant les mener, eux aussi, à une carrière. Elle jouera d'ailleurs un rôle stimulant pour tous les musiciens et mélomanes de la région.

Ces occasions d'entendre de grands artistes se font de plus en plus nombreuses. Elles suscitent les rencontres entre les gens du milieu et sensibilisent les journaux et le monde des affaires à une vie culturelle qui s'enrichit constamment.

 

 

Concert par M. Rodolphe Plamondon et M. Ulysse Paquin, à la Salle du Conseil, le 8 octobre 1924. Source: ASHJL.

 

 

Le passage d'artistes reconnus et estimés de l'art lyrique et musical va concourir à faire croître ce sentiment de fierté chez une population déjà gâtée par la présence d'un nombre impressionnant d'activités culturelles dans une si petite ville.

 

 
   
 

«Soirée Récréative et Musicale, sous la Haute présidente de Sa Grandeur Mgr Forbes, avec le précieux concours de La Fanfare des Zouaves». Église de Crabtree Mills, jeudi le 23 février 1922. Source: ASHJL.

 

Des producteurs de spectacles

De nombreux acteurs se lancent dans l'organisation de concerts et de soirées musicales au cours de la première moitié du XXe siècle. Certains le font à l'occasion comme le Club Richelieu ou les dames et demoiselles de la ville afin d'amasser des fonds pour les bonnes œuvres, comme on disait à l'époque. Les concerts de charité semblent, à en croire les journaux locaux, avoir été relativement nombreux.

Il y avait sans doute toujours, quelqu'un du milieu musical qui connaissait des artistes professionnels qui acceptaient, pour une bonne cause, de se déplacer à Joliette? Il est permis de l'envisager.

 

 
 

D'autres organisations se consacrent, de manière plus assidue, à l'organisation de soirées. C'est le cas des Zouaves et de l'Union Musicale qui orchestrent de véritables fêtes de la musique. C'est l'occasion rêvée d'entendre des quatuors, des pièces pour orchestre ou petits ensembles, des œuvres chorales, du chant, des extraits d'opéras ou d'opérettes. Ces concerts sont donnés par des artistes de Montréal ou de passage dans la métropole et, bien sûr, par des musiciens de la ville.

 

«Soirée-Concert organisée par les TERTIAIRES et l'A.C.J.C. de Joliette, Sous le haut patronage de S. G. Mgr Forbes», mardi le 2 décembre 1924. Source: ASHJL.

 

 

Le Cercle Barthélemy Joliette de l'A.C.J.C. (Association catholique de la jeunesse canadienne-française) a été très actif du début des années 1920 et au milieu de la décennie suivante. L'objectif de l'Association est de former par la piété, l'étude et l'action, des chrétiens convaincus et des patriotes éclairés.

Le Cercle, formé à Joliette, organise des concerts mettant en vedette des artistes locaux et montréalais. Les représentations ont lieu à la Salle du Marché, à l'Académie Saint-Viateur (une école secondaire dirigée par les Clercs de Saint-Viateur) et, plus tard, à la Salle académique ouverte en 1926.

Des soirées musicales sont également produites par la direction de cinémas comme le Passe-Temps. Le cinéma muet, les vues animées, comme on disait alors, côtoient alors le chant, les variétés et la musique classique.

 
   

Des artistes reconnus

Ainsi avons-nous pu entendre à Joliette des voix réputées comme Francis Archambault (1910), basse chantante qui a triomphé au Covent Garden de Londres en 1907, Béatrice Lapalme (1911), cantatrice canadienne de l'Opéra comique de Paris et de l'Opéra Royal de Londres, Arthur Laurendeau (1911), baryton soliste de la Cathédrale de Montréal, Paul Dufaut (1918), ténor québécois qui a remporté de vifs succès au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Chine et au Japon, Jean Riddez (1922), baryton français de l'Opéra de Paris qui est venu s'installer à Montréal en 1921, Rodolphe Plamondon (1924), ténor canadien qui a débuté à l'Opéra de Paris en 1908 et a été membre des Concerts Colonne et Lamoureux.

 

«Grande Soirée Musicale» organisée par l'Association Catholique de la Jeunesse, dans la Salle de l'Académie Saint-Viateur. Chant, violon et piano. Avec Anette Lasalle, violoniste, et Joseph Saucier, baryton. Source: ASHJL.

 

Françis Archambault

  • Basse chantante
  • Au tournant du siècle
 

"Conférence-Concert", à la Salle du Marché, Joliette, le 10 octobre 1918, avec M. Paul Dufault, tenor, et R.P. Louis Lalande, S.J. Source: ASHJL.

 

 

 

D'autres musiciens prometteurs ou aux carrières déjà reconnues se sont aussi produits à Joliette. Nous n'avons qu'à penser à Émiliano Renaud (1905), natif de Saint-Jean-de-Matha, qui a étudié à Montréal et à Vienne avant de partir en tournée dans les principales villes canadiennes et américaines, au Lady Quartet de Chicago (1907) comprenant le violoniste Thomas Purcell, à Henri Gagnon (1910), organiste à la basilique de Québec.

Programme de la Société des Amis du Séminaire. Les Variétés lyriques avec Mme Marthe Lapointe et M. Lionel Daunais, en hommage à nos aumôniers militaires, le 18 décembre 1946, avec l'Orchestre des Gais Lurons, et 2 pièce de théâtre : Félix Poutré, pièce canadienne en 3 actes, et À qui le neveu ?, comédie en 2 actes par Théo Botrel. Source: ASHJL.

 

Charles Marchand

  • Chantre du folklore et de la Bonne Chanson
  • Le Carillon : une revue musicale
 
 
 

Joliette a également été l'hôte d'artistes populaires comme Charles Marchand (1920), folkloriste des années 1920 qui interprète de vieilles chansons françaises et canadiennes ou, encore, Le petit septuor de la Bonne Chanson qui revient en 1937 d'une tournée aux États-Unis.

Comme le démontre très bien ce petit tour d'horizon des événements musicaux offerts à la population durant quelque 40 ans, Joliette aime le chant, les belles voix et elle raffole de l'opérette. Notons que celle-ci a été particulièrement en vogue dans les années vingt et trente.

   
   
 

Grande Soirée des Troubadours de l'Industrie, avec le concours de Me Lucien Dugas, M.P.P., baryton, Salle académique du Séminaire, le jeudi 22 juin 1932. Source: ASHJL.

 

La Société des concerts

Afin de pouvoir présenter une saison complète de concerts à Joliette, Lucien Dugas, fondateur de l'Association des chanteurs, met sur pied, en 1938, la Société des concerts. Il s'agit d'un comité composé de musiciens et de professeurs de musique bien impliqués dans la vie musicale de la ville. Parmi ceux-ci nous retrouvons Émile Prévost, Octavien Asselin, Robert Tellier et Paul Dionne. La Société sera affiliée à la Community Concerts - une agence américaine qui propose des séries de concerts d'artistes internationaux - et fonctionnera sensiblement selon les mêmes règles.

 

 
 

 

Le comité voit principalement au recrutement de membres qui, en défrayant le coût de leur abonnement, permettent la tenue des concerts de la Société. De grands artistes de la scène internationale comme la pianiste Muriel Kerr, le baryton Lansing Hatfield, le violoncelliste Marcel Hubert, le pianiste Milford Snel, et le violoniste Joseph Knitzer, se produiront donc à Joliette.

 

Emblême des Jeunesses musicales du Canada, dont une branche sera fondée en 1952 à Joliette et qui prendra la relève de la Société des amis du Séminaire.

Colette Boki, invitée par les Jeunesses musicales de Joliette en 1966. Photo: Gaby. Source: ACCJ.

 

 

Suite à des difficultés financières, dues à la guerre, la Société cesse ses activités en 1940. Bien que de courte durée, cette expérience aura sans doute préparé l'arrivée des Jeunesses musicales à Joliette en 1952. Cet organisme continuera le travail entrepris par la Société en présentant à Joliette des artistes de calibre international.

 

 

 
 

 

Mais avant l'arrivée des Jeunesses musicales, la Société des amis du Séminaire, créée par le père Wilfrid Corbeil, avait participé activement, à mettre Joliette sur la liste des villes visitées par les grands noms de la musique vocale et instrumentale.

Les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame

  • Implication musicale des religieuses
  • L'enseignement de la musique
  • Des élèves montent sur les planches
  • Changement de vocation